Oxalates : le cristal qui blesse et enflamme
Toxicité cumulative, cristaux mécaniques, et inflammation de bas grade
Chapô
Cet article fait suite à (1) différentes réflexions de lecteurs sur un post Facebook du 1er avril 2026, pris pour un poisson d’avril, mais bien sérieux : « Les épinards, 0 fer assimilable, et bourrés de cristaux mortels », les cristaux étant les oxalates ; et (2) des réflexions populaires sur les oxalates.
Je voulais faire le point avec moi-même sur mes connaissances sur les oxalates. Les discussions pendant des heures, et les recherches scientifiques ont été réalisées avec Claude (Anthropic) et Grok (xIA), et les images avec Flow (Google).
Cadre
Cet article se concentre sur les aliments végétaux les plus riches en oxalates — ceux qui méritent attention dans l’alimentation courante. Il ne prétend pas couvrir l’ensemble des végétaux consommables. Les personnes souffrant d’oxalose avérée ou de lithiase récidivante consulteront un médecin nutritionniste pour une évaluation individualisée complète.
Une phrase qu’on entend souvent
“Les oxalates dans les épinards, c’est bien connu — mais c’est seulement dangereux quand on les réchauffe une deuxième fois.”
Cette phrase circule. Dans les cabinets médicaux, dans les groupes de parents, dans les forums de nutrition. Elle contient une vérité réelle appliquée au mauvais toxique.
Ce qui est vrai : ne pas réchauffer les épinards stockés à température ambiante — surtout pour les jeunes enfants et les nourrissons. ✓
Ce qui est faux : que les oxalates soient la raison de cette précaution. ✗
La vraie raison concerne les nitrites — les épinards sont riches en nitrates qui se convertissent en nitrites lors d’un stockage bactérien à température ambiante. Les nitrites peuvent oxyder l’hémoglobine en méthémoglobine, réduisant la capacité de transport de l’oxygène. C’est un problème de stockage et de bactéries, pas de réchauffage et d’oxalates.
Les oxalates ne “s’activent” pas au réchauffage. Ils sont là dès le départ — ou pas. Ce sont des anions chimiquement stables (C₂O₄²⁻) qui ne se transforment pas sous l’effet de la chaleur. Cette confusion a des conséquences pratiques : quelqu’un qui croit que le danger vient du réchauffage pense que les épinards froids du lendemain sont sûrs — et ne comprend pas que la vraie question porte sur la teneur en oxalates avant toute cuisson, et la façon correcte de la réduire.
Fonction des oxalates chez les végétaux et les mammifères
Chez les végétaux, le calcium-oxalate est un biominéral aux fonctions multiples et bien documentées : régulation du calcium intracellulaire, défense mécanique contre l’herbivorie (les raphides en forme d’aiguilles perforent la muqueuse buccale des herbivores lors de la mastication), détoxification des métaux lourds du sol, et possiblement séquestration du carbone (Nakata, Frontiers in Biology, 2012). La formation de ces cristaux est génétiquement régulée, tissu-spécifique, et parfois inductible par le stress environnemental.
Chez les mammifères, en revanche, l’oxalate n’a aucune fonction biologique connue. C’est un déchet métabolique pur — produit comme sous-produit du métabolisme de l’acide ascorbique, des purines et des acides aminés, sans rôle physiologique bénéfique identifié. Ce qui est un outil de survie pour la plante devient un cristal pathologique dans le corps du mammifère qui la consomme.
Une donnée fondamentale souvent oubliée : le foie en produit aussi
Je répète que, chez les mammifères, l’oxalate est un déchet métabolique pur.
Et ce déchet, le corps le produit lui-même — indépendamment de ce qu’on mange. Environ 30 à 40 % de l’oxalate urinaire provient de l’alimentation. Les 60 à 70 % restants sont produits par le foie comme sous-produit du métabolisme de l’acide ascorbique, des purines, des acides aminés et des glucides (Massey, J Am Diet Assoc, 2003).
Cette donnée change l’angle de la prévention : réduire les oxalates alimentaires aide — mais ne suffit pas pour les personnes à forte production endogène. Elle explique aussi pourquoi même des personnes (chiens, et chats) mangeant “peu d’oxalates” peuvent développer une lithiase oxalique.
Le calcul qu’on fait tous faux : matière fraîche vs matière sèche
Voici l’erreur de mesure qui fausse la plupart des comparaisons alimentaires sur les oxalates.
Quand une base de données nutritionnelle indique “650 mg d’oxalates pour 100 g d’épinards” et “500 mg pour 100 g d’amandes”, elle compare des grandeurs incommensurables. Les épinards sont à 91 % d’eau. Les amandes sont à 5 % d’eau. Comparer ces deux valeurs en matière fraîche (MF), c’est comparer 9 grammes de matière réelle d’épinards à 95 grammes de matière réelle d’amandes. Le résultat apparent — “les amandes sont presque aussi chargées que les épinards” — est une illusion arithmétique.
La conversion correcte : MS = MF × 100 / (100 − % eau)
Tableau 1 — Démonstration pédagogique : MF vs MS et proportion de solubles
MF = matière fraîche (portion consommée) ; MS = matière sèche (teneur réelle, comparable entre aliments). Sources : Mou et al. (2016) ; Judprasong et al. (2006) ; Siener et al. (2006) ; Savage et al. (2007) ; FAO/INFOODS.
En matière sèche, la hiérarchie est sans appel : la rhubarbe et les épinards dominent d’un facteur 20 à 40 sur les oléagineux. Mais attention : la colonne “% solubles” révèle une autre surprise — les amandes, avec 78 % d’oxalates solubles, sont proportionnellement aussi problématiques que les légumes-feuilles. Leur charge totale est moindre, mais leur fraction absorbable est élevée.
Note sur le seuil clinique : le seuil de 75 mg/100g MF parfois cité comme “repère alimentaire” découle d’un seuil d’excrétion urinaire — l’AUA recommande une investigation génétique lorsque l’oxalate urinaire dépasse 75 mg/24 heures (Pearle et al., J Urol., 2014). Ce n’est pas un seuil alimentaire direct.
Oxalates solubles vs insolubles : la distinction qui change tout
C’est ici que réside la confusion la plus importante — et la plus conséquente pour la compréhension du risque.
Les oxalates alimentaires existent sous deux formes radicalement différentes dans leurs effets biologiques.
Les oxalates solubles (potassium-oxalate, sodium-oxalate, ammonium-oxalate) sont dissous dans la sève cellulaire des végétaux. Ils traversent la barrière intestinale — absorption de 5 à 15 % selon les conditions. Ce sont eux qui contribuent directement à l’oxalose. Une fois absorbés et dans la circulation sanguine sous forme d’ions oxalate (C₂O₄²⁻), ils rencontrent le calcium ionisé (Ca²⁺) naturellement présent dans le plasma. Si la concentration d’oxalate circulant dépasse le seuil de solubilité local, la précipitation se produit spontanément : du CaOx cristallin se forme in situ — dans les tubules rénaux, dans les articulations, dans les vaisseaux, dans les tissus. C’est ce CaOx néoformé dans le corps qui est pathologique.
Les oxalates insolubles (calcium-oxalate principalement, mais aussi fer-oxalate et magnésium-oxalate) sont présents dans la plante sous forme de cristaux déjà formés — raphides, druses. Ils traversent très peu la barrière intestinale (<1 %) parce qu’ils sont insolubles dans les conditions intestinales physiologiques. Ils sont essentiellement excrétés dans les fèces. Ils ne contribuent pas directement à l’oxalose systémique — mais ils immobilisent le calcium, le fer et le magnésium alimentaires, réduisant leur biodisponibilité.
Ce que cela change pour la cuisson :
La cuisson à l’eau bouillante + égouttage réduit les oxalates solubles de 30 à 87 % selon les légumes (Judprasong et al., 2006) — c’est l’eau de cuisson qui les emporte. Mais les oxalates solubles ne représentent que 30 à 87 % du total selon les aliments. Les oxalates insolubles (CaOx alimentaire) restent dans le légume égoutté — non absorbables dans les conditions habituelles, mais présents.
La réduction réelle sur l’ensemble des oxalates est donc inférieure aux 30-87 % annoncés — elle dépend de la proportion soluble/total propre à chaque aliment. Pour les épinards avec 55-87 % de solubles, la cuisson reste très utile. Pour un aliment à 30 % de solubles, l’effet est plus limité.
Le calcium au repas précipite les oxalates solubles résiduels en CaOx insoluble dans la lumière intestinale avant absorption — les neutralisant avant qu’ils n’entrent dans la circulation. C’est le même mécanisme que la plante utilise pour stocker ses propres oxalates sous forme inoffensive. Cuire les épinards dans du lait ou avec du fromage — comme le font les cuisines italiennes et indiennes traditionnelles — est biologiquement fondé, pas seulement gustatif.
Tableau 2 — Végétaux riches en oxalates: solubles, insolubles, effet cuisson
Aliments présentés en matière fraîche (MF) — données en matière sèche (MS) disponibles dans le Tableau 1 pour les aliments communs. Toutes les valeurs en mg/100g MF sauf indication.
Après cuisson à l’eau bouillante + égouttage de l’eau de cuisson : réduction de 30-87 % des solubles selon le légume et la durée. L’eau de cuisson concentre les oxalates solubles — elle se jette systématiquement. Les oxalates insolubles (CaOx alimentaire) restent dans le végétal égoutté.
Sources : Judprasong et al. (2006) ; Siener et al. (2006) ; Savage et al. (2000, 2002) ; Jaworska (2005) ; Chai & Liebman (2005).
Aliments à faible risque oxalate (généralement <30 mg/100g MF, consommation libre) : légumes-fruits (tomate, courgette, poivron, concombre, aubergine) ; légumes-racines ordinaires (carotte ~35 mg, pomme de terre ~15 mg, navet, panais) ; crucifères (chou, brocoli, chou-fleur, kale ~10-20 mg) ; laitues et salades (sauf mâche et pourpier) ; la plupart des fruits (sauf carambole, groseilles à maquereau, figues sèches). Ces aliments n’ont pas besoin de précautions particulières pour la population générale.
Champignons : globalement faibles en oxalates malgré leur réputation. Le champignon de Paris (Agaricus bisporus) : ~6 mg/100g MF, à majorité insoluble. Shiitake, pleurotes : charge modérée, partiellement soluble. Champignons médicinaux (Hericium erinaceus, Boletus edulis, Ganoderma lucidum) : peu ou zéro solubles détectables — consommation libre sans précaution oxalate. Source : Savage et al. (2002).
Comment les oxalates solubles entrent dans le corps
L’absorption intestinale des oxalates solubles est principalement passive et paracellulaire — les ions oxalate passent entre les cellules de l’épithélium intestinal, à travers les jonctions serrées, par simple gradient de concentration (Whittamore & Hatch, Urolithiasis, 2017). Il n’y a pas de pompe active qui “aspire” les oxalates — c’est une fuite passive, non saturable, non blocable pharmacologiquement.
L’intestin et le rein possèdent cependant un mécanisme protecteur actif:
le transporteur SLC26A6, exprimé sur la membrane apicale des cellules épithéliales intestinales et rénales, sécrète activement les oxalates dans le sens protecteur :
— Dans l’intestin grêle : sécrète les oxalates vers la lumière intestinale — ils rejoignent les fèces et sont éliminés.
— Dans le rein : sécrète les oxalates vers la lumière du tubule proximal rénal — ils rejoignent l’urine et sont éliminés.
Sa dysfonction — génétique, épigénétique, ou secondaire à une hyperperméabilité intestinale (Leaky Gut, MICI, dysbiose chronique) — augmente directement la charge oxalate systémique.
Un mécanisme supplémentaire, moins connu :
les cristaux de CaOx insoluble présents dans les végétaux (raphides, druses) ne sont pas absorbés, mais ils frottent mécaniquement l’épithélium intestinal pendant leur transit. Ces microlésions mécaniques augmentent localement la perméabilité paracellulaire — créant précisément les conditions qui favorisent l’absorption accrue des oxalates solubles. Les deux formes d’oxalates interagissent donc : les insolubles fragilisent la barrière, les solubles en profitent pour passer davantage.
Leaky gut
Un intestin hyper-perméable absorbe structurellement plus d’oxalates qu’un intestin sain, même à alimentation identique. Le problème n’est pas toujours dans l’assiette — il est parfois dans la barrière.
Note sur les tissus non épithéliaux:
dans les tissus non épithéliaux (cerveau, méninges, tissu nerveux), SLC26A6 est présent à faible expression mais fonctionne principalement comme échangeur Cl⁻/HCO₃⁻ — pas comme transporteur d’oxalate. Ces tissus ne bénéficient pas de la même protection fonctionnelle. Dans les formes sévères d’oxalose systémique (HP1 avancée, insuffisance rénale terminale), les dépôts de CaOx peuvent atteindre le système nerveux central, la rétine et les méninges — stade ultime d’une accumulation silencieuse non traitée.
La vraie toxicité des oxalates : mécanique et inflammatoire
Les oxalates ne sont pas des poisons chimiques au sens classique. Ils n’inhibent pas un enzyme critique, ne bloquent pas un récepteur. Paracelse avait raison en théorie — la dose fait le poison — mais les oxalates n’ont aucune dose thérapeutique. Ils ne soignent rien. Leur seul effet biologique est négatif : former des cristaux insolubles avec le calcium in vivo.
La vraie toxicité est mécanique et inflammatoire
Les cristaux de CaOx monohydrate (whewellite) néoformés dans les tissus sont durs, anguleux, biologiquement inertes — des micro-lames. Ils provoquent des lésions mécaniques directes des membranes cellulaires, entraînant la libération de radicaux libres (ROS), une activation de l’inflammasome NLRP3, une transition épithélio-mésenchymateuse (EMT) progressive — processus de fibrose silencieuse et irréversible à long terme (Liu et al., Sci Reports, 2017) — et un recrutement de macrophages qui tentent d’encapsuler les cristaux en une réponse immunitaire chroniquement activée.
Le résultat n’est pas une intoxication chimique aiguë — c’est une inflammation de bas grade, chronique, silencieuse, qui s’installe sur des années avant que les symptômes deviennent visibles.
Les cristaux blessent. Les cellules s’enflamment. La fibrose s’installe.
Sans que rien ne fasse mal — jusqu’au jour où le seuil de tolérance est dépassé.
Qui est le plus vulnérable?
Les nourrissons et jeunes enfants ont une barrière intestinale physiologiquement plus perméable et une filtration rénale immature. La charge oxalate relative (rapportée au poids corporel) est proportionnellement bien plus élevée que chez un adulte.
Les personnes âgées voient leur filtration glomérulaire décliner naturellement. Un régime végétarien riche en oxalates, souvent adopté avec conviction dans cette tranche d’âge, mérite une surveillance biologique régulière.
Les personnes en dysbiose chronique ou post-antibiotiques répétés ont perdu Oxalobacter formigenes — le gardien intestinal des oxalates — et absorbent structurellement plus d’oxalates, même à alimentation identique.
Les génétiques divergents HP1/2/3 surproduisent de l’oxalate hépatiquement, indépendamment de l’apport alimentaire. Chez eux, même un régime pauvre en oxalates ne suffit pas sans prise en charge médicale. Dans les formes sévères non traitées, les dépôts de CaOx peuvent atteindre le système nerveux central, la rétine et les méninges — SLC26A6 n’y assurant pas de protection fonctionnelle.
Les chiens et les chats — en biologie comparée, la famille de transporteurs SLC26 est conservée chez tous les mammifères, et la lithiase à CaOx chez le chien et le chat partage les mêmes mécanismes pathogéniques qu’en humain (Lulich et al., J Vet Intern Med, 2016). Le CaOx est désormais le calcul urinaire le plus fréquent dans ces deux espèces.
Chez le chat, certaines plantes d’intérieur riches en raphides (Dieffenbachia, Philodendron, Oxalis, Caladium) provoquent des lésions mécaniques directes des muqueuses buccale et œsophagienne lors de la mastication.
Chez le chien, les régimes végétariens imposés exposent à un risque d’oxalose chronique similaire à celui du végétalvore humain de longue date.
Génétique et épigénétique : pourquoi certains sont plus vulnérables
Chez les humains…
Les hyperoxaluries primitives (HP) sont les formes génétiques les plus critiques : HP Type 1 (gène AGXT), HP Type 2 (gène GRHPR), HP Type 3 (gène HOGA1). Leurs expressions peuvent être néonatales ou tardives selon la méthylation épigénétique des promoteurs concernés.
La dysfonction épigénétique de SLC26A6 est moins connue mais cliniquement importante : le transporteur protecteur peut être silencé par méthylation de son promoteur, augmentant l’absorption nette d’oxalates même sans mutation génétique identifiée. Cette dysfonction est potentiellement modulée par l’âge, le régime et la dysbiose — ce qui expliquerait des symptômes d’accumulation tardifs chez des végétalvores de longue date sans prédisposition génétique évidente.
Oxalobacter formigenes — le gardien intestinal disparu
Oxalobacter formigenes est une bactérie anaérobie stricte dont l’oxalate est la seule source d’énergie. Elle dégrade l’oxalate intestinal avant absorption et stimule directement le transporteur SLC26A6, renforçant la sécrétion protectrice (Arvans et al., 2017). Elle est absente chez 60 à 80 % des adultes dans les pays industrialisés, principalement en raison des antibiothérapies répétées (Kaufman et al., 2008). Contrairement aux Lactobacilles qui récupèrent en quelques semaines post-antibiothérapie, O. formigenes ne se réimplante pas spontanément.
Un probiotique O. formigenes fiable n’est pas encore commercialement disponible — les produits testés avant 2015 n’en contenaient pas (Siener et al., Urology, 2015). Cependant, une étude de preuve de concept publiée en février 2025 (Kidney International Reports, Fargue et al.) démontre pour la première fois qu’une colonisation durable est possible et réduit l’oxalurie chez l’adulte sain. Un produit thérapeutique est en développement.
En attendant, Lactobacillus acidophilus, L. gasseri et Bifidobacterium lactis possèdent les gènes oxc et frc permettant une dégradation partielle de l’oxalate — alternatives pratiques disponibles commercialement.
L’axe intestin-dysbiose-rein
Au-delà d’O. formigenes, c’est l’ensemble de l’axe intestin-rein qui est maintenant bien documenté — et il est circulaire. Une charge oxalate élevée chronique perturbe la composition du microbiote intestinal : réduction de Ruminococcus, Oscillospira, Lactobacillus et Bifidobacterium ; augmentation de Bacteroides et Escherichia-Shigella (Patel et al., PMC12687137, 2025).
Cette dysbiose aggrave les dommages à la barrière intestinale, augmente l’absorption des oxalates, et réduit la production d’AGCC — qui normalement modulent le pH intestinal et inhibent l’absorption oxalate.
La boucle est auto-aggravante : plus d’oxalates → plus de dysbiose → plus d’absorption → plus d’oxalates.
Un mécanisme encore plus récent implique la bilirubine non conjuguée produite par la dysbiose, qui paradoxalement surexprime SLC26A6 rénal et aggrave la cristallisation (Zhou et al., mSystems, 2025).
La transplantation de microbiote fécal (FMT) réduit expérimentalement les dépôts de CaOx rénaux chez le rat en réparant la barrière intestinale — piste thérapeutique en développement.
Les oléagineux et le cacao : la charge soluble révélée
Le tableau 2 portait sur les légumes. Les oléagineux méritent une attention séparée — non pas pour leur teneur en eau, négligeable, mais pour leur proportion d’oxalates solubles, qui surprend.
Les oléagineux illustrent un cas particulier : leur teneur en eau est si faible (3-7 %) que la distorsion MF/MS est négligeable. En revanche, leur proportion d’oxalates solubles est élevée — et c’est cette fraction qui importe cliniquement.
Tableau 3 — Oléagineux et cacao : charge en oxalates solubles
Données en matière fraîche (MF) — distorsion MF/MS négligeable pour ces aliments (<7 % d’eau). Toutes les valeurs en mg/100g MF.
nd = données insuffisantes dans la littérature peer-reviewed.
* Trempage des oléagineux : mécanisme de lixiviation des solubles par diffusion passive dans l’eau. Données quantitatives peer-reviewed limitées pour les oléagineux spécifiquement — efficacité probable mais non chiffrée précisément. Rinçage abondant après trempage obligatoire. La torréfaction ne réduit pas les oxalates solubles et peut les concentrer par évaporation de l’eau résiduelle.
† Une noix du Brésil par jour (~5g) = environ 8-11 mg d’oxalates solubles — charge acceptable même pour les personnes surveillant leurs oxalates. Une poignée (~30g) = 48-66 mg solubles — à considérer.
Sources : Savage & Vanhanen (2007) ; Schroder et al. (2011) ; Chai & Liebman (2005) ; FAO/INFOODS.
Sur les graines :
les données soluble/insoluble sont insuffisamment documentées de façon peer-reviewed pour être présentées avec rigueur. Ce qui est fiable : graines de tournesol (~25 mg/100g total, faible risque) ; graines de lin (charge négligeable) ; graines de chia (~700 mg/100g — contrairement aux allégations marketing “superaliment faible en oxalates”). Sésame : données très contradictoires selon les méthodes d’extraction utilisées — à consommer en petites quantités par précaution. Graines de courge/potiron : données modérées mais incomplètes.
Les dépôts tissulaires sont-ils réversibles?
Partiellement — et lentement.
Les macrophages recrutés autour des cristaux interstitiels peuvent progressivement les encapsuler et les éliminer (Wiessner et al., 1999). Des cristaux internalisés dans les cellules tubulaires peuvent être dégradés par les endolysosomes (Taguchi et al., 2016). La résolution est conditionnelle à la réduction de l’apport et prend des semaines à des mois.
L’oxalate dumping : lors d’une réduction rapide et massive des oxalates alimentaires, les tissus peuvent mobiliser leurs stocks vers la circulation, avec des symptômes transitoires — douleurs articulaires, fatigue intense, éruptions — avant élimination rénale. Une réduction progressive est recommandée, particulièrement chez les personnes ayant consommé des régimes très riches en oxalates pendant des années.
Recommandations pratiques — tous âges, toutes espèces
Cuisson + égouttage pour les légumes-feuilles riches en oxalates : l’eau de cuisson emporte les oxalates solubles (30-87 % des solubles selon le légume et la durée) et se jette — elle ne se réutilise pas. La réduction réelle sur l’ensemble des oxalates est inférieure à ces chiffres, car les insolubles restent dans le légume. La cuisson dans du lait ou avec du calcium augmente significativement la protection : les oxalates solubles résiduels précipitent dans la lumière intestinale avant absorption.
Calcium au repas : associer une source de calcium (fromage, yaourt, sardines) aux aliments riches en oxalates — protection la plus simple et la mieux documentée.
Préserver le microbiote : éviter les antibiothérapies inutiles. En cas d’antibiothérapie nécessaire, favoriser la recolonisation par L. acidophilus et B. lactis.
Hydratation suffisante : dilue la concentration urinaire d’oxalate, réduit le risque de cristallisation rénale.
Réduction progressive si régime très riche en oxalates : éviter l’”oxalate dumping”.
Pour les oléagineux à risque élevé (amandes, pignons, noix du Brésil) : trempage 12-24h dans eau froide + rinçage abondant avant consommation. Préférer les pistaches et châtaignes pour les personnes sensibles.
Pour les chiens et chats : éviter les plantes d’intérieur oxaliques (Dieffenbachia, Philodendron, Oxalis, Caladium). Méfiance avec les régimes végétariens imposés aux carnivores domestiques.
Si calculs rénaux récidivants, lithiase précoce, ou signes d’oxalose : consultation urologique ou néphropédiatrique — test génétique HP1/2/3, dosage oxalurie 24h, évaluation SLC26A6. Ce n’est pas un terrain à gérer seul, et cet article n’est pas un substitut à cette évaluation médicale individualisée.
Ce qu’il faut retenir
Les oxalates ne s’activent pas au réchauffage — c’est le risque des nitrites bactériens qui justifie de ne pas stocker les épinards à température ambiante.
Les oxalates alimentaires solubles sont la source réelle de l’oxalose : absorbés à 5-15 %, ils précipitent in vivo avec le calcium pour former du CaOx cristallin dans les tissus. Le CaOx alimentaire insoluble est peu absorbé et essentiellement inoffensif — mais la cuisson ne l’élimine pas du végétal. La réduction par cuisson porte sur les solubles, pas sur l’ensemble des oxalates.
Le calcul en matière fraîche fausse la perception du risque. Et même à zéro oxalate alimentaire, le foie en produit 60-70 % de la charge urinaire totale.
La première défense est intestinale — barrière saine, microbiote avec O. formigenes ou ses substituts, calcium au repas. La deuxième est culinaire — cuisson + égouttage, eau de cuisson jetée. La troisième est génétique — identifier les profils divergents qui nécessitent une surveillance médicale spécialisée.
Et la même biologie s’applique à nos chiens, nos chats, nos enfants, et nos aînés — avec des seuils de tolérance différents, mais les mêmes cristaux, les mêmes mécanismes, la même inflammation silencieuse.
Pour les développements complets sur la toxicité des végétaux : voir https://joeldehasse.substack.com/p/toxicite-des-plantes-pour-les-carnivores.
Consultez votre médecin ou vétérinaire pour des recommandations individualisées.
Référence SciPop
Dehasse, Les épinards, 0 fer assimilable, et bourrés de cristaux mortels » https://www.facebook.com/Dr.Joel.Dehasse/posts/pfbid0Wif9jnpwmUPZ3gZHYnfgkzc6WJ8XhejN7doPcWmBeKAx8bduMKmryGjLSPSsKoqdl.
Références scientifiques
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Fargue S., et al. (2025). Inducing Oxalobacter formigenes colonization reduces urinary oxalate in healthy adults. Kidney International Reports, 10, 1518–1528. https://doi.org/10.1016/j.ekir.2025.02.004
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© Dr Joël Dehasse, 2026. Article Substack —Cet article se concentre sur les aliments les plus riches en oxalates et ne constitue pas un guide nutritionnel exhaustif. Il ne remplace pas un avis médical individualisé.








